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LA VIE DES MARQUES
Interview Pascal Wilhelm : « Pour la première fois, l’abus a prévalu sur la liberté d’expression »
Maître Pascal Wilhelm, avocat à la Cour, spécialiste en droit de la publicité, de l’audiovisuel et de la concurrence, analyse la décision et les conséquences du procès de 9 Télécom.
CB NEWS : L’ordonnance du TGI de Nanterre condamnant les sociétés Ogilvy et 9 Télécom à indemniser les 47 Leneuf plaignants vous a-t-elle surpris ?
Pascal Wilhelm : Non, car il ne s’agit pas là d’un revirement de jurisprudence puisque toutes les affaires touchant aux droits de la personnalité et de la vie privée sont soumises à l’appréciation souveraine du juge.
CB NEWS : Cette décision entrave-t-elle la liberté d’expression ?
P.W. : En aucun cas, car le juge énonce clairement la règle, qui est justement la liberté d’expression mais également ses limites, en précisant qu’elle ne doit pas dégénérer en abus. Or le juge a estimé que cela a été le cas sur trois spots.
CB NEWS : Comment, dans l’exercice de votre activité de conseil, allez-vous utiliser cette décision ?
P.W. : Clairement, je pourrai continuer à conseiller à mes clients de créer librement, mais tout en mesurant les conséquences de leurs réalisations. Mes propos porteront davantage car j’estime que cette décision n’est pas bonne pour Ogilvy puisque, pour la première fois, à ma connaissance, l’abus à prévalu sur la liberté d’expression. Cette décision rend réelle et appréciable nos futurs mises en garde.
Propos recueillis par Anne Lavaud
OGILVY ET 9 TELECOM CONDAMNES… MAIS CONTENTS
Ogilvy & Mather et 9 Télécom ont été condamnés à payer à chacun des 47 demandeurs la somme de 5000 F à titre provisionnel, mais la campagne n’a pas été arrêtée. Seuls trois spots diffusés lors de la première vague ont motivé la condamnation des deux sociétés : « les WC », « le Thermomètre » et « le Commissariat ». Le TGI a en effet jugé que les deux premiers ont « crée un personnage dont les actions sont ridicules et dévalorisantes, un caractère culminant dans les spots à connotation scatologique ». Concernant le troisième, mettant en scène M. Leneuf venant porter plainte au commissariat pour harcèlement, le juge a estimé que 9 Télécom a utilisé le préjudice dont il est question comme matière d’un de ses spots. Néanmoins, l’agence et son client considèrent le maintien de la campagne et de son personnage emblématique comme un succès, et annoncent séjà la suite de la saga mi-juin.
Du côté de l’agence, on estime avoir obtenu, par décision, « le droit à l’humour » et la confirmation de « la liberté de la création publicitaire ». Un droit et une liberté qui coûtent cher et que toutes les agences ne pourront pas se payer. AL

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